e-JIREF
Revue numérique de l'ADMEE

Éditorial
Volume 1, Numéro 3

Pour citer cette page

Nathalie YOUNES, «Éditorial», e-JIREF [En ligne], e-JIREF, Volume 1, Numéro 3, mis à jour le : 11/01/2016, URL : http://www.e-jref.org/index.php?id=112.

Le troisième numéro de e-JIREF coordonné par Bernard André et Méliné Zinguinian (Haute école pédagogique du canton de Vaud, Suisse) est intitulé « Evaluation des stages en enseignement : tensions dans la référentialisation ». Les stages constituent des moments clés d'une formation à visée professionnalisante, se traduisant par des curriculums centrés sur l'alternance et tentant d'articuler savoirs professionnels de différentes natures (disciplinaires, didactiques et pédagogiques) et référentiels de compétences (Altet, 2010). On voit un reflet de cette tendance internationale dans ce dossier qui réunit des contributions portant sur trois contextes nationaux: Suisse, États-Unis, Luxembourg et différentes institutions.

Temps forts de la formation, les stages sont également des passages à risque, étant donné leur caractère éprouvant et la relative solitude perçue par les stagiaires qui se sentent souvent insuffisamment soutenus (Lang, 1999 ; Perrier 2012) et parfois angoissés face à la perspective d'une non validation possible (Blanchard-Laville & Nadot, 2000). Pour faire face, les débutants adoptent « un modèle d'action privilégiant le rapport pragmatique et expérientiel à la pratique » (Perrier, 2012 p. 83) ce qui les conduit à opposer le terrain et la théorie, jugée peu réaliste, car non adaptée à leurs compétences de débutants et/ou à la réalité des contextes réels dans lesquels ils exercent (Daguzon, 2009). Indispensable à l'exercice d'une profession et consubstantielle au métier d'enseignant, l'autonomie risque cependant de renforcer une approche individualiste du métier fragilisant les acteurs et la référence aux savoirs de la discipline, tant la tension est forte entre la logique didactique voulue et enseignée dans les instituts de formation et la logique de la classe qui tend à les en éloigner.

En ce sens, l'accompagnement que peuvent apporter les formateurs à ces enseignants novices pour les aider à réduire ces tensions dans le sens d'un développement professionnel est crucial, d'autant plus qu'ils en ressentent la nécessité. Mais la condition de l'efficacité d'un tel accompagnement est qu'il soit adapté à leur « zone proximale de développement professionnel » (Daguzon, 2010, p. 59). Ainsi « ils plébiscitent certaines caractéristiques des entretiens qui favorisent, à leurs yeux, une mise en confiance. Ils évoquent les conseils des formateurs qui cherchent à comprendre leurs raisons d'agir et qui s'appuient sur leurs difficultés à faire la classe pour émettre des conseils plutôt que d'insister sur le respect des normes du « didactiquement correct » (Daguzon & Goigoux, 2012, p. 10). De plus, il apparait que « les interpellations sur leur comportement fragilisent la construction d'une identité professionnelle et peuvent les conduire à inhiber leur engagement pour adopter une posture plus attentiste ou à refuser la formation par une attitude revendicative, voire provocatrice » (ibid, p 12).

La mise en œuvre de démarches d'évaluation formative faisant le pont entre les référents professionnels et les compétences des stagiaires se révèle donc un enjeu majeur qui renvoie à la professionnalisation évaluative des formateurs impliqués dans l'évaluation. Le dossier coordonné l'interroge sous trois aspects : les déterminants et les effets du mode de relation entre le tuteur et le stagiaire, le rapport des formateurs aux savoirs professionnels, l'usage des référentiels et leur impact.

Il apparait que poser la question de la façon d'être évaluateur des pratiques enseignantes en le mettant en résonnance avec l'idée d'habiter manifeste l'importance d'envisager la posture d'évaluateur à la croisée de deux directions complémentaires.

  • En effet, habiter ce rôle d'évaluateur c'est se situer et s'orienter dans un milieu préexistant et ouvert donc être à même d'accompagner l'évalué dans la capacité à se positionner et à être positionné par rapport à sa façon disciplinaire et professionnelle de faire.
  • Habiter ce rôle d'évaluateur renvoie également à la capacité de se centrer sur une trajectoire singulière, caractérisée par un in situ spécifique tout en étant relié à un corpus transverse de références, de méthodes et d'outils.

L'importance de ce double mouvement paradoxal qui met en tension une posture de décentration et de recentration constitue un repère qui permet d'expliciter, établir et renforcer la construction de la posture de l'évaluateur, une posture entre jugement diagnostique voire certificatif et ressource formatrice.

Habiter le rôle d'évaluateur s'avère ainsi une épreuve exigeant d'être à la fois en accueil à ce qui se présente et activateur d'appropriation d'un corpus de référence.